Depuis 1954, l’Algérie n’a jamais trahi la Palestine — voici pourquoi ça rend l’Occident fou

Le choc du 7 octobre et le cataclysme humanitaire de Gaza
Le matin du 7 octobre 2023, la bande de Gaza est devenue le point de départ d’une déflagration géopolitique majeure. Une salve massive de 5 000 roquettes s’abat sur le sud d’Israël, tandis qu’environ 1 500 combattants brisent la barrière de sécurité à travers une trentaine de brèches ouvertes au bulldozer. Les attaques contre le kibboutz de Kfar Aza, le festival de musique Nova et diverses bases militaires prennent les forces de défense israéliennes de court. Le bilan définitif publié par le gouvernement israélien en janvier 2024 fait état de 1 200 morts et de 251 personnes prises en otage. Face à ce choc sidéral, représentant la plus grande opération armée palestinienne depuis 1948, le Premier ministre Benjamin Netanyahou déclare immédiatement l’état de guerre.
Ce qui s’ensuit au cours des deux années et demie suivantes dépasse tout ce que le XXIe siècle a connu en matière de catastrophe humanitaire et urbaine. En avril 2026, les bilans officiels du ministère palestinien de la Santé, rigoureusement recoupés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’UNICEF et les diverses agences onusiennes, révèlent l’ampleur dramatique du conflit : 48 700 Palestiniens ont perdu la vie à Gaza, parmi lesquels figurent 18 900 enfants et 12 300 femmes. On dénombre également 112 000 blessés graves, alors que 90 % des infrastructures et des bâtiments de la bande de Gaza sont désormais endommagés ou totalement détruits.
Sur une population totale estimée à 2,2 millions d’habitants, 1 700 000 personnes sont devenues des déplacés internes. La famine, officiellement déclarée par les Nations Unies en mars 2024 et confirmée en janvier 2025, s’est prolongée tout au long de l’année 2026, touchant de plein fouet 200 000 enfants souffrant de sous-alimentation aiguë. Les structures vitales de la société gazaouie ont été méthodiquement annihilées : l’intégralité des universités, des bibliothèques et des ministères est détruite, et la totalité des hôpitaux est aujourd’hui hors service ou seulement partiellement fonctionnelle. C’est le tableau d’un peuple que l’on tente d’effacer sous les yeux du monde.
Une cause identitaire et fondatrice ancrée depuis 1948
Pour l’Algérie, l’ouverture de ce dossier ne relève pas d’un simple examen de l’actualité, mais d’une nécessité absolue pour comprendre les dynamiques à l’œuvre en 2026. La Palestine n’est pas une crise diplomatique ordinaire pour Alger. Il s’agit d’un dossier identitaire, fondateur et sacré, que le pays porte sans discontinuer depuis la Nakba de 1948. Pour appréhender cette connexion viscérale, un retour aux racines historiques s’impose. En mai 1948, David Ben Gourion proclame l’indépendance de l’État d’Israël sur la base du plan de partage de l’ONU de novembre 1947, déclenchant immédiatement l’intervention des armées égyptienne, syrienne, jordanienne, libanaise et irakienne.
L’armistice de 1949 consacre la dépossession des Palestiniens, laissant Israël avec 78 % de la Palestine historique, bien au-delà des 55 % initialement attribués par les Nations Unies. Entre 750000 et 900 000 Palestiniens sont alors expulsés ou contraints de fuir leurs terres. Plus de 500 villages palestiniens sont rayés de la carte entre 1948 et 1949, des données historiques aujourd’hui admises par les chercheurs israéliens eux-mêmes, à l’instar de Benny Morris et d’Ilan Pappé, à la suite de la déclassification partielle des archives militaires de Tel-Aviv.
À cette époque, l’Algérie subit encore le joug du colonialisme français et n’existe pas en tant qu’État souverain. Pourtant, dès sa fondation en novembre 1954, le Front de libération nationale (FLN) intègre de manière irréversible la cause palestinienne au cœur même de sa doctrine politique. Les liens se matérialisent dès l’indépendance acquise en juillet 1962. Le premier président de la République algérienne, Ahmed Ben Bella, rencontre Yasser Arafat la même année. L’Algérie devient ainsi le tout premier pays à accueillir un bureau permanent de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) en dehors des frontières des États arabes traditionnels.
Alger s’impose rapidement comme la capitale symbolique et opérationnelle des luttes de libération au sein du Mouvement des non-alignés. En novembre 1974, lorsque Yasser Arafat prononce son discours historique à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, proclamant son célèbre slogan — “Je suis venu avec un rameau d’olivier et un fusil de combattant. Ne laissez pas le rameau tomber de ma main” —, le texte a en réalité été coécrit à Alger par de proches conseillers du président Houari Boumédiène.
Le point d’orgue de cette fraternité historique survient le 15 novembre 1988 au Palais des Nations d’Alger. Devant les 400 membres du Conseil national palestinien réunis en exil, Yasser Arafat proclame officiellement l’indépendance de l’État de Palestine. Le texte, lu en arabe par le leader de l’OLP et en français par le grand poète Mahmoud Darwich, reçoit la reconnaissance formelle et immédiate de la République algérienne, quelques minutes seulement après sa proclamation. En 2026, alors que 157 pays reconnaissent officiellement l’État de Palestine à travers le monde, l’Algérie revendique fièrement d’avoir été la première de toutes les nations à poser ce geste historique majeur.
L’effondrement des accords d’Abraham et l’isolement du bloc de la normalisation

L’année 2020 a marqué un tournant géopolitique majeur avec l’annonce, le 13 août, des accords d’Abraham par le président américain Donald Trump. Ce processus visait à instaurer une normalisation diplomatique globale entre Israël et le monde arabe, brisant le front uni traditionnel pour la première fois depuis les traités de Camp David en 1979 avec l’Égypte et de Wadi Araba en 1994 avec la Jordanie. Dans la foulée des Émirats arabes unis, Bahreïn et le Soudan rejoignent le processus. En décembre 2020, le Maroc signe à son tour ces accords en échange de la reconnaissance par Washington de sa souveraineté sur le Sahara occidental. En l’espace de cinq mois, quatre nations arabes normalisent leurs relations avec Tel-Aviv, provoquant l’enthousiasme des chancelleries occidentales.
Les négociations étaient particulièrement avancées avec Riyad et Mascate. Selon les informations diplomatiques confidentielles de l’époque, l’Arabie Saoudite s’apprêtait à signer un accord tripartite historique avec les États-Unis et Israël en octobre 2023. L’offensive militaire du Hamas le 7 octobre a eu pour objectif géopolitique explicite de faire voler ce plan en éclat, une réalité stratégique indéniable.
En avril 2026, force est de constater que le projet de normalisation de Washington est en ruine. L’Arabie Saoudite a considérablement durci sa position, refusant catégoriquement toute reprise des discussions sans la création préalable d’un État palestinien souverain et viable dans les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale. Les autres signataires ont également dû reculer face à la pression de leurs opinions publiques et à la violence des opérations à Gaza. Bahreïn a rappelé son ambassadeur dès novembre 2023, le Maroc a annulé quatre sommets militaires conjoints programmés avec Israël, les Émirats arabes unis ont drastiquement réduit leurs échanges économiques, et le Soudan, embourbé dans un conflit civil, a gelé l’ensemble du processus.
Dans ce paysage bouleversé en 2026, seuls trois pays arabes maintiennent publiquement et rigoureusement un refus total de toute normalisation avec l’État hébreu : l’Algérie, l’Irak et la Syrie. Compte tenu des crises internes qui paralysent le Liban, le Yémen ou la Libye, l’Algérie se dresse, aux côtés de l’Irak, comme le seul État souverain pleinement fonctionnel à assumer une opposition absolue et structurée, fidèle à son héritage historique.
Les sept actions majeures de l’Algérie sur la scène internationale
Depuis le déclenchement des hostilités en octobre 2023, l’Algérie a déployé une stratégie offensive sur les plans politique, humanitaire et juridique, articulée autour de sept mouvements majeurs :
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1. La légitimation de la résistance (8 octobre 2023) : Dès le lendemain de l’attaque, le président Abdelmadjid Tebboune affirme que la résistance du peuple palestinien est un droit légitime inscrit dans le droit international, condamnant fermement l’agression disproportionnée contre les civils. Il s’agit du premier chef d’État arabe à adopter une position aussi tranchée, ouvrant la voie à des déclarations similaires de l’Afrique du Sud, de la Turquie ou de la Malaisie.
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2. Le pont aérien humanitaire (octobre 2023 – mars 2026) : Alger met en place un corridor humanitaire d’envergure vers l’aéroport égyptien d’El-Arich pour acheminer l’aide vers Gaza via le poste de Rafah. Ce sont au total 63 avions cargos algériens qui transportent 12 500 tonnes de marchandises (médicaments, tentes, générateurs, vivres), pour une valeur globale de 240 millions de dollars, faisant de l’Algérie le premier contributeur humanitaire arabe proportionnellement à sa population.
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3. L’offensive au Conseil de sécurité de l’ONU (janvier 2024) : Élue triomphalement comme membre non permanent avec 184 voix sur 193 en juin 2023, l’Algérie prend son siège en janvier 2024 et place immédiatement la Palestine au centre de l’agenda multilatéral mondial.
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4. La bataille du cessez-le-feu (20 février 2024) : L’Algérie soumet une résolution exigeant un cessez-le-feu humanitaire immédiat. Le texte recueille un soutien historique de 13 membres sur 15, obligeant les États-Unis à utiliser leur droit de veto sous le regard de la communauté internationale, tandis que le Royaume-Uni choisit l’abstention. Ce vote marque le début d’un isolement diplomatique sans précédent pour Washington.
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5. L’usure des veto américains et la percée diplomatique (mars 2024 – mai 2025) : Après un sixième veto américain consécutif contre une nouvelle résolution algérienne le 20 mars 2024, la dynamique s’inverse progressivement. L’esprit du texte algérien pousse la France à voter pour la première fois en faveur d’une résolution pro-palestinienne, avant que Paris ne reconnaisse officiellement l’État de Palestine en septembre 2025. En mai 2025, sous la présidence tournante de l’Algérie, la résolution 2740 exigeant la fin du blocus humanitaire est adoptée par 14 voix contre une seule abstention américaine, marquant une victoire politique majeure sans veto.
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6. Le cofinancement de la plainte pour génocide devant la CIJ (juillet 2024) : L’Algérie s’allie financièrement et politiquement à l’Afrique du Sud pour soutenir la procédure engagée devant la Cour internationale de justice (CIJ) pour violation de la Convention sur le génocide de 1948. Cette action fait suite à l’ordonnance historique du 26 janvier 2024 sommant Israël de prévenir tout acte de génocide.
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7. L’action devant la Cour pénale internationale (septembre 2024) : Bien que le vote pour la saisine directe du Conseil de sécurité soit bloqué par les États-Unis le 29 septembre 2024, l’action conjointe des nations solidaires aboutit en novembre 2024 à l’émission par la CPI de mandats d’arrêt internationaux contre Benjamin Netanyahou et Yoav Gallant pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, une première historique pour les dirigeants d’un État allié de l’OTAN.
Pourquoi l’Algérie ne pliera jamais : les quatre piliers du refus
La position inflexible d’Alger face aux pressions occidentales repose sur quatre piliers fondamentaux et non négociables :
Raison constitutionnelle et juridique
L’article 31 de la Constitution algérienne de 2020 énonce explicitement que la République défend les causes justes à travers le monde et soutient le droit à l’autodétermination des peuples opprimés. Cette disposition, héritée en droite ligne de la charte du FLN de 1954, interdit juridiquement toute reconnaissance d’Israël tant qu’un État palestinien souverain n’est pas établi.
Cohérence morale et mémorielle
Le récit national algérien s’est forgé dans le sang de son million et demi de martyrs, tombés pour arracher l’indépendance après 132 ans d’une colonisation de peuplement. Pour Alger, cautionner l’occupation militaire et la colonisation de la Palestine équivaudrait à renier sa propre histoire et la mémoire de sa révolution.
Impératif géostratégique
L’Algérie analyse la normalisation comme un outil d’extension de l’influence israélienne à ses propres frontières, perçu comme une menace de sécurité directe. L’alliance maroco-israélienne scellée en 2020 a notamment permis à Rabat d’acquérir le logiciel d’espionnage Pegasus, utilisé contre des responsables algériens, ainsi que des technologies de drones de combat qui ont altéré l’équilibre militaire régional.
Légitimité démocratique et populaire
Les données du sondage de l’Arab Barometer publié en décembre 2025 confirment que 92 % de la population algérienne rejette catégoriquement toute idée de normalisation avec Tel-Aviv. Il s’agit du taux d’opposition le plus massif du monde arabe, devançant les États limitrophes comme l’Égypte ou la Jordanie, rendant tout compromis politique électoralement impossible pour les dirigeants du pays.
Les perspectives d’avenir et les options stratégiques d’Alger (2026-2031)
En ce mois d’avril 2026, la donne sur le terrain a évolué de manière significative. Bien que le cessez-le-feu de Doha de janvier 2025 ait été partiellement fragilisé par l’assassinat de Yahya Sinwar en mars de la même année, une nouvelle trêve obtenue en septembre 2025 reste en vigueur malgré des tensions quotidiennes. Sur le plan politique, le Hamas a accepté en février 2026 le principe d’un désarmement sous supervision égypto-saoudienne dans le cadre d’un futur État basé sur les frontières de 1967. De plus, en mars 2026, l’Algérie et l’Afrique du Sud ont coparrainé un plan international de reconstruction de Gaza estimé à 80 milliards de dollars sur dix ans, actuellement débattu à l’Assemblée générale de l’ONU.
Pour les cinq années à venir, cinq options stratégiques majeures s’offrent désormais à la diplomatie algérienne :
Face à ce nouvel ordre moral mondial en pleine gestation, l’Algérie se trouve à la croisée des chemins stratégiques, portée par une certitude historique indiscutable : pour le peuple algérien, la passivité face à la tragédie de Gaza constitue une complicité, et chaque prise de parole demeure un acte de résistance indispensable.