Latifa Dib risque 5 ans de prison ferme pour avoir critiqué le Polisario et défié Ibtissem Hamlaoui

L’arroseur arrosé : La chute brutale d’une propagandiste du régime
C’est une affaire d’État qui secoue les cercles du pouvoir à Alger et met en lumière la fragilité des alliances opportunistes au sein de la machine de propagande du régime d’Abdelmadjid Tebboune. Le 8 juin 2026, le tribunal de Sidi M’hamed a été le théâtre d’un coup de théâtre judiciaire : le procureur de la République a requis une peine de 5 ans de prison ferme à l’encontre de Latifa Dib. Cette jeune ex-avocate, âgée d’une quarantaine d’années, s’est fait connaître sur les réseaux sociaux pour son soutien inconditionnel et zélé aux politiques du pouvoir en place, allant jusqu’à justifier l’emprisonnement de ses propres concitoyens pour de simples contacts en ligne avec des opposants.
Pourtant, celle qui criait son amour pour le régime à longueur de journée se retrouve aujourd’hui derrière les barreaux, poursuivie en comparution immédiate pour « publication de contenus portant atteinte aux intérêts nationaux ». Son crime ? Avoir partagé des vidéos sur Facebook où elle critiquait les mauvais traitements, les humiliations et les brimades qu’elle aurait subis de la part des forces du Front Polisario dans les camps de réfugiés de Tindouf. Le verdict, attendu pour le 15 juin prochain, s’annonce comme une condamnation exemplaire, un avertissement glacial envoyé à tous ceux qui pensent pouvoir manipuler les dossiers sensibles de l’État à des fins personnelles.
La “Chita” comme ascenseur social : L’ambition démesurée de Latifa Dib
Pour comprendre comment une alliée du pouvoir a pu basculer dans la catégorie des parias en l’espace de quelques semaines, il faut analyser les dynamiques internes de la politique algérienne contemporaine. Dans l’Algérie de Tebboune, la construction d’une carrière publique ou l’obtention d’un poste prestigieux obéit à des critères bien spécifiques : une marocophobie obsessionnelle et une défense aveugle de la cause sahraouie.
Latifa Dib l’avait parfaitement compris. Ambitieuse, elle nourrissait le projet secret de déloger sa rivale et concurrente directe, Ibtissem Hamlaoui, actuelle présidente du Croissant-Rouge algérien. Hamlaoui, déjà affaiblie par plusieurs controverses — notamment l’affaire Yassine Btah et Hajar Zitouni liée à des détentions arbitraires et des violences —, représentait la cible idéale. Latifa Dib a vu dans les camps de réfugiés de Tindouf son tremplin politique. Son objectif était de surfer sur la vague de la propagande officielle, d’utiliser la flatterie outrancière (communément appelée la chita) pour se vendre auprès des décideurs d’Alger comme la nouvelle égérie de la défense des femmes sahraouies, espérant ainsi taper dans l’œil du président Tebboune et obtenir une promotion spectaculaire, à l’image de celle de sa rivale.
Une guerre de reines : Séduction, jalousie et paranoïa à Tindouf

À la fin du mois d’avril 2026, Latifa Dib concrétise son plan et se rend à Tindouf. Très vite, elle parvient à se rapprocher de Brahim Ghali, le chef du Front Polisario et président de la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD). Connaissant l’influence grandissante de Ghali auprès du cabinet présidentiel algérien — capable d’intervenir directement pour octroyer des privilèges ou des nominations —, Latifa Dib déploie tous ses charmes. Les images de leur rencontre, immortalisant leur complicité, se propagent rapidement.
À Alger, Ibtissem Hamlaoui sent le danger immédiat. Voyant en Latifa Dib une menace directe pour son poste et ses réseaux, elle décide de contre-attaquer avec une violence inouïe. Pour cela, elle sollicite son alliée de longue date au sein de la RASD, Khaira Bouahi, qui occupe les fonctions de « wali » de la wilaya d’Auserd (une organisation territoriale fictive recréée dans les camps contrôlés par le Polisario). Les deux femmes gèrent un système d’intérêts mutuels, Hamlaoui soutenant financièrement les actions de lobbying de Bouahi grâce aux fonds publics du Croissant-Rouge algérien. Paniquée à l’idée que le chef du Polisario ne tombe sous le charme de sa rivale, Hamlaoui exige de son alliée l’expulsion immédiate et définitive de Latifa Dib des camps de Tindouf.
Le piège machiavélique de l’hôtel de Tindouf
La mise à l’écart de Latifa Dib s’est jouée dans un scénario digne d’un film d’espionnage. Dans un premier temps, Khaira Bouahi affronte directement l’ex-avocate, l’accusant publiquement de nuire à la cause sahraouie par des comportements déplacés. Devant la résistance de Latifa Dib, qui refuse de quitter les lieux, le clan Hamlaoui passe à la vitesse supérieure et recourt au chantage et à l’intimidation auprès des chauffeurs et accompagnateurs de la jeune femme.
Finalement, c’est par la ruse que l’opération réussit. Des agents de sécurité en civil, se revendiquant du Polisario, approchent Latifa Dib avec un message flatteur : Monsieur Brahim Ghali, impressionné par leur rencontre, souhaite l’honorer personnellement en faisant d’elle la marraine d’un grand événement organisé dans un hôtel du centre-ville de Tindouf. Persuadée que son entreprise de séduction a fonctionné, l’ex-avocate suit aveuglément les agents. Une fois installée dans sa chambre d’hôtel, ses accompagnateurs s’évaporent. Après des heures d’attente, Latifa Dib descend à la réception pour comprendre la situation. Le propriétaire de l’établissement lui annonce alors la vérité : il n’y a aucun événement de prévu, il s’agit d’un hôtel privé, et personne n’a payé pour sa chambre. Latifa Dib vient de se faire expulser des camps avec l’art et la manière.
L’engrenage numérique et la panique du régime
C’est à ce moment précis que la situation bascule dans l’irrationnel. Submergée par une colère noire et une perte totale de sang-froid, Latifa Dib commet l’erreur fatale de lancer des diffusions en direct sur Facebook. Pour susciter l’empathie du public et forcer l’intervention des autorités algériennes, elle dramatise la situation, affirmant avoir été agressée physiquement, violentée et chassée manu militari par les forces du Polisario.
Ces accusations, bien que grandement exagérées par rapport au piège subtil dont elle avait été victime, font l’effet d’une bombe. La presse marocaine s’empare immédiatement de l’affaire. Pour les médias de Rabat, l’occasion est trop belle pour ne pas discréditer le Polisario et dénoncer l’hypocrisie de la relation entre Alger et Tindouf : « Voilà comment l’organisation nourrie, logée et armée par l’Algérie traite les citoyens algériens sur son sol. » Cette campagne médiatique d’envergure provoque un véritable séisme au sommet de l’État algérien, provoquant la fureur d’Abdelmadjid Tebboune et de ses conseillers. Une simple querelle d’influence entre deux influenceuses pro-régime venait de se transformer en un incident diplomatique majeur.
« Le problème dans cette affaire dépasse largement la personne de Latifa Dib. Il pose une question fondamentale : comment un dossier de politique étrangère peut-il supplanter les constantes nationales définies par la Constitution au point d’envoyer ses propres partisans au cachot ? »
Quand la machine broie ses propres rouages
Réalisant la gravité de sa bévue après avoir reçu des rappels à l’ordre téléphoniques particulièrement sévères, Latifa Dib tente désespérément de rectifier le tir. Elle publie de nouvelles vidéos pour évoquer un « malentendu », supprime les lives compromettants et ne conserve que les contenus élogieux envers le Polisario. Mais le mal est fait. Les vidéos initiales ont déjà été archivées et partagées massivement.
Pour le régime algérien, la trahison — même involontaire — est intolérable. Latifa Dib est arrêtée et placée en détention. En requérant 5 ans de prison ferme contre une femme qui n’a jamais été une opposante, une dissidente ou une militante des droits de l’homme, la justice algérienne envoie un signal clair de paranoïa politique. Le Sahara Occidental est érigé en tabou absolu, une chasse gardée de l’armée et de la diplomatie à laquelle aucun civil, fût-il le plus servile des propagandistes, n’a le droit de toucher sans directives strictes. Latifa Dib, qui pensait utiliser le système pour faire carrière, a fini par être broyée par la machine qu’elle défendait, illustrant de la plus cruelle des manières le destin de ceux qui choisissent de servir aveuglément un pouvoir autoritaire.B