L’affaire Bengrina ou la faillite morale du régime Tebboune : Quand le passe-droit médical récompense la servilité politique
L’intervention secrète d’Abdelmadjid Tebboune
Le paysage politique algérien est une nouvelle fois secoué par une affaire qui met en lumière les rouages les plus sombres et les plus iniques du pouvoir en place. Abdelkader Bengrina, figure de proue de la mouvance islamo-conservatrice et leader ultra-populiste du mouvement El Bina, a finalement réussi à quitter le territoire national pour aller se soigner à l’étranger. Cet exil médical, mis en scène de manière théâtrale sur les réseaux sociaux par l’intéressé lui-même, n’est pas le fruit d’un parcours administratif ordinaire. Nos investigations approfondies permettent aujourd’hui de confirmer qu’il s’agit du résultat direct d’une intervention secrète et exceptionnelle du chef de l’État, Abdelmadjid Tebboune en personne.
Il y a quelques semaines encore, la situation de Bengrina semblait pourtant compromise. Frappé d’une interdiction de sortie du territoire national (ISTN), le politicien zélé se retrouvait pris au piège d’un système de contrôle sécuritaire qu’il a lui-même tant de fois glorifié. Bloqué à Alger, il avait été contraint de se faire admettre en urgence à l’hôpital de Bab El Oued (Beni Messous) pour une pathologie ophtalmologique sévère. Mais derrière ce premier diagnostic officiel se cache une réalité médicale bien plus alarmante : selon nos sources, l’homme souffrirait d’une tumeur cancéreuse agressive mettant ses jours en danger immédiat. Face à l’impuissance des structures hospitalières locales à traiter sa pathologie, le réseau d’influence de Bengrina s’est activé en coulisses pour arracher un précieux sauf-conduit présidentiel, accordé sous des motifs purement « humanitaires ».
Une mise en scène numérique face aux révélations
C’est le 4 juin dernier qu’Abdelkader Bengrina a choisi de briser le silence à travers une vidéo diffusée sur sa page Facebook officielle. Dans une séquence soigneusement orchestrée, rythmée par une musique mélancolique, le leader populiste s’affiche la mine défaite, le visage livide et visiblement affaibli par la maladie. Accompagnée de prières appuyées pour le salut de l’Algérie, cette publication s’apparentait à des adieux déchirants destinés à sa base électorale et à l’opinion publique.
Cette sortie médiatique n’était pourtant pas fortuite. Elle constituait une réponse directe aux révélations exclusives que nous diffusions dès le 23 mai 2026, intitulées « Évitement des hôpitaux algériens : le début du lâchage politique d’Abdelkader Bengrina ».
À l’époque, les partisans du chef d’El Bina avaient tenté par tous les moyens de démentir nos informations, criant à la manipulation sans jamais pouvoir apporter la moindre preuve matérielle. Dix jours plus tard, les images du départ de Bengrina sont venues valider point par point nos investigations, confirmant non seulement la gravité de son état de santé, mais aussi l’existence du verrou sécuritaire qui lui bloquait la route de l’exil.
Le naufrage du discours populiste : De la « Suisse » aux réalités cliniques
Au-delà de la compassion humaine légitime que l’on doit manifester face à n’importe quel citoyen luttant contre la mort, l’affaire Bengrina pose un problème politique et moral d’une gravité absolue. Comment oublier les déclarations extravagantes de ce même personnage lors de la dernière campagne électorale pour le second mandat d’Abdelmadjid Tebboune ? Devant un public médusé à Oran, Bengrina avait affirmé, sans ciller, que la qualité de vie en Algérie était largement supérieure à celle de la Suisse. Il soutenait alors qu’avec un simple salaire algérien, on vivait mieux et à moindre coût que dans la confédération helvétique. Cette tirade grotesque, restée gravée dans les archives de la démagogie nationale, se fracasse aujourd’hui contre la réalité du tarmac de l’aéroport.
Pour justifier son départ et tenter d’atténuer la colère de la population, le leader islamiste a multiplié les contorsions rhétoriques, affirmant qu’il refusait « d’encombrer les hôpitaux algériens » et qu’il préférait laisser sa place aux citoyens modestes. Une déclaration perçue comme une insulte insupportable par des millions d’Algériens astreints à un système de santé public sinistré. En choisissant de fuir à l’étranger pour se faire opérer par un prétendu « grand professeur ami », Bengrina inflige le plus cinglant des désaveux au bilan du premier et du début de second mandat de Tebboune. Si la « Nouvelle Algérie » est aussi prospère et développée que la propagande officielle le prétend, comment se fait-il qu’un pays disposant de telles ressources financières soit incapable de soigner ses propres dirigeants ?
Une justice et une solidarité à géométrie variable

Ce qui rend l’octroi de ce visa médical profondément scandaleux, c’est le traitement de faveur d’un régime qui n’accorde sa clémence qu’à la tête du client. Le territoire algérien est aujourd’hui verrouillé par deux dispositifs majeurs : l’ISTN classique, émise par la justice dans le cadre d’enquêtes pour corruption, et le « signalement sécuritaire », un fichier occulte géré directement par la police des frontières (PAF) et le ministère de l’Intérieur pour empêcher les VIP et les cadres politiques de quitter le pays avec les secrets de l’État. Bengrina, ayant navigué au cœur des cercles du pouvoir, faisait l’objet de cette surveillance stricte par crainte qu’il ne compromette des dossiers sensibles à l’étranger.
Pendant que la présidence lève le verrou pour son plus fervent propagandiste, d’autres figures nationales, ayant pourtant servi l’État avec infiniment plus de dignité, agonisent dans l’indifférence carcérale :
-
Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal : Les deux anciens Premiers ministres sont atteints de pathologies lourdes et de tumeurs cancéreuses, mais restent maintenus en détention, soignés sommairement dans les infirmeries de prison ou lors de transferts sous haute sécurité vers les hôpitaux de Mustapha Bacha ou d’Oran.
-
Moussa Benhamadi : L’ancien chercheur de haut niveau et ministre, cofondateur du groupe Condor, est mort en détention en juillet 2020 des suites de la COVID-19, sans jamais avoir pu bénéficier d’une quelconque mesure d’élargissement humanitaire.
-
Talal Boussemma : L’ancien président-directeur général du groupe public de métallurgie Imital est décédé en juillet 2025 à l’intérieur de sa cellule, faute d’une prise en charge médicale adaptée à l’extérieur des murs de la prison.
Les généraux de la décennie noire condamnés au silence et à la mort
La liste de cette inhumanité sélective s’étend de manière dramatique aux rangs de l’institution militaire. Plusieurs officiers supérieurs et généraux majors, qui ont combattu le terrorisme durant les années de plomb, subissent actuellement un traitement implacable au sein des prisons militaires. C’est le cas du général-major Abdelhamid Ghriss, ancien secrétaire général du ministère de la Défense nationale, aujourd’hui mourant. Le cas du général Lashkham est tout aussi édifiant : victime de deux accidents vasculaires cérébraux (AVC), il est si affaibli qu’il ne parvient même plus à articuler un mot compréhensible lors des visites familiales au parloir.
Ces hommes, ainsi que leurs proches, ne réclament pas des autorisations fastueuses pour s’envoler vers des cliniques parisiennes ou genevoises. Ils demandent simplement le droit élémentaire de sortir de cellule pour s’éteindre dignement auprès des leurs, ou d’accéder à des soins adéquats sur le sol algérien. Le refus systématique qui leur est opposé, contrastant avec le tapis rouge déroulé pour Bengrina, démontre que la boussole morale du régime ne s’oriente ni vers la justice, ni vers l’humanisme, mais uniquement vers la récompense de la dévotion politique.
La servilité comme unique garantie des droits fondamentaux
L’épisode de l’évacuation sanitaire d’Abdelkader Bengrina livre une leçon politique d’une amertume infinie pour le peuple algérien. Elle confirme que sous le régime d’Abdelmadjid Tebboune, les droits les plus fondamentaux, y compris celui de lutter pour sa survie face à la maladie, sont devenus des monnaies d’échange. Pour obtenir le droit de se soigner, il faut avoir fait preuve d’un zèle obsessionnel, d’une soumission totale et s’être transformé en l’esclave médiatique de la propagande présidentielle.
Ceux qui choisissent de garder leur indépendance d’esprit, ceux qui osent émettre la moindre critique ou conserver une distance salutaire vis-à-vis du pouvoir exécutif savent désormais ce qui les attend. Ils sont condamnés à la disgrâce, à l’interdiction de voyager, à la persécution judiciaire et, dans les cas les plus tragiques, à mourir dans l’oubli au fond d’une cellule. En sauvant secrètement son allié Bengrina tout en laissant mourir ses opposants et ses serviteurs déchus, le pouvoir algérien signe le manifeste d’une gouvernance basée sur l’arbitraire et le clientélisme d’État. Un système où la fidélité au clan l’emporte définitivement sur le droit, la dignité humaine et la justice.
