Gazoduc Transsaharien : On nous a menti pendant 4 ans ! (La vérité sur le bluff Tebboune-Arkab)

L’illusion d’un chantier achevé : Les masques tombent à Alger
C’est un projet titanesque, une de ces infrastructures dont dépend l’avenir géopolitique et économique de toute une nation. Le Gazoduc Transsaharien (TSGP), conçu pour acheminer le gaz du Nigéria vers l’Europe en traversant le Niger et l’Algérie, est sur toutes les lèvres depuis des années. Pourtant, derrière les discours triomphants et les communiqués de presse officiels, se cachait une réalité bien moins reluisante. Depuis 2022, les autorités algériennes, sous la direction du président Abdelmadjid Tebboune et du ministre de l’Énergie Mohamed Arkab, ont martelé un message clair : la partie algérienne du tracé était prête, opérationnelle et n’attendait plus que l’arrivée du gaz subsaharien.
La vérité a éclaté de manière flagrante au début du mois de juin 2026. Contre toute attente, les autorités ont annoncé en grande pompe le lancement officiel des travaux de construction de la section algérienne reliant le champ gazier d’Ahnet, à Adrar, jusqu’à la frontière nigérienne. Les images diffusées à la télévision, montrant les ministres de l’Énergie des trois pays concernés donnant les premiers coups de pioche, ont agi comme un révélateur. Comment peut-on lancer la construction d’un tronçon en 2026 si l’on affirmait que tout était déjà finalisé depuis quatre ans ? Les faits sont là : on a menti aux Algériens. Le maillon sudiste indispensable à la viabilité du projet n’existait que sur le papier.
Une chronologie de déclarations trompeuses
Pour comprendre l’ampleur de ce dysfonctionnement, il est nécessaire de remonter le fil des déclarations officielles. En février 2022, lors de la signature d’une feuille de route à Niamey, Mohamed Arkab affirmait déjà que l’Algérie disposait de toutes les infrastructures requises (stations de compression, réseaux interconnectés, terminaux GNL) pour accueillir le gaz nigérian. Selon ses dires de l’époque, il ne restait que 1 800 kilomètres à réaliser sur l’ensemble des 4 128 kilomètres du projet, principalement sur les territoires du Nigéria et du Niger. Le message subliminal était limpide : le retard venait des voisins, l’Algérie, elle, avait fait ses devoirs.
Cette rhétorique s’est intensifiée en février 2023. Les canaux officiels du ministère de l’Énergie assuraient que les connexions reliant les grands gisements de Hassi R’Mel aux gazoducs internationaux Medgaz et Transmed étaient totalement fonctionnelles. Mais cette communication omettait volontairement une donnée technique majeure : comment injecter du gaz du Nigéria sans la canalisation reliant le cœur de l’Algérie à la frontière nigérienne ? À moins d’imaginer des solutions fantaisistes, l’absence de ce tronçon d’environ 1 000 kilomètres entre Adrar et la frontière rendait toute exploitation impossible.
Plus récemment, le 16 février 2026, lors de la visite officielle à Alger du chef de l’État du Niger, le général Tiani, le président Tebboune avait annoncé l’accord pour le lancement de la “phase pratique” sur le terrain. Cette déclaration venait en réalité acter, de manière détournée, que seul le nord de l’Algérie était équipé et que la planification du chaîon manquant au sud commençait à peine. L’étude de faisabilité technique finale n’a d’ailleurs été validée qu’à la toute fin du mois de mai 2026, prouvant qu’absolument rien n’était finalisé auparavant.
Le tableau comparatif de l’état d’avancement du TSGP en Juin 2026

Pour y voir plus clair sur la situation réelle de ce projet de 4 100 kilomètres devant transporter entre 20 et 30 milliards de mètres cubes de gaz par an, voici l’état des lieux par pays :
Le Niger : L’immense point d’interrogation du projet
Si le réveil tardif de l’Algérie soulève de graves questions de gouvernance, la situation au Niger représente le véritable point de blocage du projet. Les experts qualifient le tracé nigérien de véritable “page blanche”. L’État du Niger, confronté à d’immenses difficultés économiques, n’a pas les ressources nécessaires pour financer les 850 kilomètres de canalisations qui doivent traverser son territoire.
De plus, le coût global du projet, estimé selon les rapports entre 12 et 18,5 milliards d’euros, fait l’objet d’une opacité financière totale. Si le Nigéria et l’Algérie auto-financent leurs sections respectives, le financement du tronçon nigérien repose sur de pures spéculations. Les trois pays espèrent obtenir des prêts auprès d’institutions comme la Banque Africaine de Développement (BAD) ou la Banque Islamique de Développement, mais aucun accord ferme n’a été signé. Les rumeurs d’investissements massifs de la Chine via la CNPC, ou d’une aide financière de l’Union européenne, n’ont jamais dépassé le stade des discussions de couloir.
Au-delà de l’argent, c’est la sécurité même de l’infrastructure qui pose problème. Le nord du Niger et la zone frontalière avec le Mali sont le théâtre d’attaques violentes et répétées de groupes armés terroristes. Sécuriser un pipeline de cette importance dans une région aussi instable relève du défi militaire, et aucune stratégie claire n’a été présentée par le comité de pilotage pour protéger les futures installations.
Une perte de temps dramatique face à la concurrence marocaine
Ces quatre années perdues en propagande et en réunions stériles ne sont pas sans conséquences. L’Algérie n’est pas seule sur les rangs pour capter la manne gazière nigériane. Le projet concurrent de gazoduc reliant le Nigéria au Maroc progresse de manière constante. Les deux pays se livrent une compétition féroce pour convaincre Abuja de leur confier la totalité des volumes de gaz destinés au marché européen.
Note importante : En choisissant la stratégie du slogan politique plutôt que celle de la rigueur industrielle, le pouvoir algérien a pris un risque géopolitique majeur. Si le projet maroco-nigérian venait à doubler le TSGP, l’Algérie perdrait une occasion historique de consolider son statut de fournisseur énergétique incontournable de l’Europe.
La gestion d’un projet aussi vital pour les intérêts supérieurs de la nation exige du sérieux, de la transparence et de l’efficacité. Le peuple algérien, qui compte sur les recettes de ces méga projets pour garantir le financement des besoins des générations futures, ne peut plus se contenter de promesses virtuelles et de maquettes en 3D. Le démarrage des travaux à Adrar est une bonne nouvelle, mais elle arrive bien tard, confirmant que la transition énergétique et la bonne gouvernance ne se décrètent pas à coups de déclarations médiatiques.
