Les tombes de Isabelle Mergault: leurs tombes actuelles sont toujours hantées
Le cimetière de Montmartre, niché dans le pittoresque, artistique et vibrant 18e arrondissement de Paris, est une nécropole romantique mondialement réputée pour abriter les dernières demeures d’un nombre incalculable de géines de la littérature, de la peinture, du cinéma, du théâtre et de la chanson. Lorsque l’on arpente ses allées pavées, sinueuses et ombragées par des arbres centenaires, sous le regard lointain du Sacré-Cœur, on se retrouve instantanément plongé dans un livre d’histoire culturelle à ciel ouvert. C’est un lieu de silence et de recueillement suspendu dans le temps, où reposent des géants de l’art et des figures populaires qui ont fait vibrer des générations de Français, à l’instar de la diva Dalida, du couple mythique France Gall et Michel Berger, de la magnétique actrice Anouk Aimée, ou encore de l’excentrique et regretté Michou. Pourtant, depuis quelque temps, une concession funéraire en particulier attire irrésistiblement le regard des passants, des habitués du quartier et des passionnés de l’histoire des médias français, déclenchant une immense vague d’émotion, de respect et de surprise. Il s’agit de la sépulture que la célèbre comédienne, réalisatrice, scénariste et dramaturge Isabelle Mergault a d’ores et déjà fait préparer pour son repos éternel. Cet emplacement frappe par sa singularité visuelle et la charge émotionnelle profonde qui l’entoure, matérialisant de manière saisissante le face-à-face de l’une des figures les plus drôles, impertinentes et attachantes de France avec sa propre finitude.

Pour comprendre la ferveur populaire, la curiosité et l’attraction magnétique qui entourent ce lieu de mémoire par anticipation, il est indispensable de replonger dans ce que fut l’existence hors du commun de cette artiste au parcours unique, qui a marqué de son empreinte indélébile le paysage audiovisuel français. Figure incontournable de la bande à Ruquier, Isabelle Mergault s’est imposée depuis plusieurs décennies comme une sociétaire pilier, essentielle et irremplaçable de l’émission de radio culte Les Grosses Têtes sur RTL. Avec son célèbre et adorable cheveu sur la langue qu’elle a su transformer en un véritable atout comique, son autodérision légendaire, sa candeur feinte et ses réparties dévastatrices, elle a su conquérir définitivement le cœur de millions d’auditeurs. Mais limiter Isabelle Mergault à sa seule voix radiophonique serait une grave erreur de perspective. C’est également une femme de lettres d’un talent exceptionnel, une dramaturge dont les pièces de théâtre font courir les foules parisiennes, et une réalisatrice de cinéma de génie, couronnée par le prestigieux César du meilleur premier film en 2006 pour son chef-d’œuvre de sensibilité Je vous trouve très beau, qui mettait en scène le regretté Michel Blanc. Sa joie de vivre apparente, ses éclats de rire communicatifs et son excentricité de façade cachent pourtant une femme d’une grande profondeur intellectuelle, lucide face aux outrages du temps qui passe et farouchement jalouse de son indépendance.

Fidèle à son esprit libre, frondeur et résolument prévoyant, l’artiste de 67 ans a choisi d’anticiper la suite des événements et le grand voyage final avec un pragmatisme et un détachement philosophique qui lui ressemblent en tous points. C’est au cimetière de Montmartre, un quartier dont elle arpente les rues depuis sa jeunesse et qu’elle chérit par-dessus tout, qu’elle a sélectionné son ultime refuge terrestre. Sa future sépulture ne ressemble pas aux monuments austères, froids, gris et anonymes qui peuplent habituellement les nécropoles urbaines. Elle s’apparente au contraire à un choix mémoriel mûrement réfléchi, poétique et en parfaite adéquation avec sa personnalité profondément originale et humaine. Les détails de cette concession, qui intègre des éléments liés à son histoire personnelle, à ses passions et à son amour indéfectible pour l’esprit de la Butte Parisienne, témoignent de sa volonté farouche de rester maîtresse absolue de son destin et de son image, par-delà la mort. Ce choix architectural et philosophique immortalise la complice historique de Laurent Ruquier dans sa vérité la plus entière et la plus touchante, transformant la perspective inéluctable de sa propre disparition en un dernier clin d’œil malicieux, serein et résolument artistique face à la mort.

Pour les passants, les touristes du monde entier et les fidèles auditeurs des Grosses Têtes qui découvrent cet emplacement unique au détour d’une allée ombragée de la division montmartroise, l’émotion est palpable, intense, et s’accompagne presque toujours d’un sourire nostalgique teinté de mélancolie. Cette tombe par anticipation dépasse donc largement le simple cadre du mémorial traditionnel ou de la gestion administrative des obsèques pour devenir un symbole majeur de la mémoire culturelle contemporaine de la capitale. Elle incarne la lucidité extraordinaire d’une artiste accomplie face à l’éternité et la puissance d’une icône populaire face à l’oubli du temps. En visitant ce secteur chargé d’histoire du cimetière de Montmartre, les admirateurs ne viennent pas seulement observer une simple concession de marbre, ils viennent saluer le parcours hors norme d’une femme d’esprit, d’humour et de courage qui, même dans la préparation minutieuse et sereine de sa mort, reste totalement fidèle à sa ligne de conduite faite de clarté, de liberté, d’indépendance et de dignité absolue. Le souvenir de ses éclats de rire sur les ondes de RTL résonne doucement entre les tombes, rappelant à tous que l’esprit et l’humour sont les seules armes capables de défier le néant.