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Tebboune a serré la main d’Al-Shaibani et l’accord a été finalisé ! Que se passe-t-il entre l’Algérie et la nouvelle Syrie ?

Tebboune a serré la main d’Al-Shaibani et l’accord a été finalisé ! Que se passe-t-il entre l’Algérie et la nouvelle Syrie ?

Rarement une visite diplomatique aura suscité autant d’interrogations dans les cercles politiques arabes. Officiellement, il ne s’agit que d’une rencontre entre responsables algériens et syriens destinée à renforcer les relations bilatérales. Pourtant, à mesure que les détails émergent, une autre lecture s’impose. Derrière les images protocolaires, les poignées de main et les déclarations prudentes, de nombreux observateurs voient se dessiner un projet beaucoup plus ambitieux : celui d’un partenariat stratégique entre l’Algérie et la nouvelle Syrie.

Depuis la chute du régime de Bachar el-Assad et l’arrivée au pouvoir d’Ahmed al-Charaa, Damas cherche à reconstruire non seulement son économie, mais également les fondations mêmes de l’État syrien. Après plus d’une décennie de guerre, les défis sont immenses. Les infrastructures sont fragilisées, les institutions doivent être consolidées et les menaces sécuritaires demeurent nombreuses.

C’est dans ce contexte que la visite du ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad Al-Chaibani, à Alger prend une importance particulière. Mais ce qui attire surtout l’attention n’est pas sa présence. C’est celle de Hussein Salama, chef du renseignement général syrien.

Dans le monde diplomatique, les symboles ont souvent plus de poids que les discours. Lorsqu’un chef du renseignement accompagne un ministre des Affaires étrangères lors d’une visite officielle, le message est clair : les discussions dépassent largement le cadre protocolaire.

Cette présence révèle que les questions de sécurité figurent parmi les priorités absolues du dialogue entre Alger et Damas.

La Syrie fait aujourd’hui face à un défi colossal : empêcher que les conséquences de la guerre ne continuent à fragiliser l’État. Les réseaux criminels, les trafics transfrontaliers, les groupes extrémistes et les circuits de financement clandestins restent des préoccupations majeures pour les nouvelles autorités syriennes.

Or, l’Algérie dispose d’une expérience reconnue dans la lutte contre le terrorisme et la préservation de la stabilité institutionnelle. Cette expertise, acquise au prix de longues années de combat contre la violence armée, représente aujourd’hui un savoir-faire particulièrement recherché.

Pour Damas, il ne s’agit donc pas seulement de recevoir un soutien politique. Il s’agit de bénéficier d’une expérience concrète capable d’aider à reconstruire des institutions solides et efficaces.

Mais la sécurité n’est qu’une partie de l’équation.

Un autre détail a retenu l’attention des observateurs : la présence de Noureddine Daoud, président-directeur général de Sonatrach, aux discussions consacrées à l’énergie et aux hydrocarbures.

Là encore, le signal est fort.

EXCLUSIVE: Algerian President Tebboune says opportunity exists for  'appeased relations' with France - The Interview - France 24

Si la rencontre avait eu un caractère purement symbolique, une simple représentation ministérielle aurait suffi. En associant directement le premier responsable du géant énergétique algérien aux échanges, Alger montre que le dossier énergétique est désormais considéré comme un axe stratégique de coopération.

La Syrie a besoin d’électricité, de carburant et d’investissements. Aucun processus de reconstruction n’est possible sans énergie. Les hôpitaux, les écoles, les usines, les réseaux de transport et les services publics dépendent tous d’un approvisionnement énergétique stable.

Sonatrach pourrait jouer un rôle majeur dans cette phase de reconstruction. Les discussions évoquent déjà des domaines variés : exploration, développement des gisements, maintenance des infrastructures, raffinage, pétrochimie et formation des cadres syriens.

Autrement dit, l’Algérie ne propose pas seulement une aide ponctuelle. Elle offre potentiellement une expertise globale couvrant l’ensemble de la chaîne énergétique.

Cette double dimension, sécuritaire et énergétique, constitue probablement le véritable cœur de la visite.

Pour la nouvelle Syrie, la priorité n’est plus uniquement d’obtenir une reconnaissance diplomatique. Cette reconnaissance existe déjà. Le véritable enjeu consiste désormais à restaurer les capacités de l’État et à relancer l’économie.

C’est précisément sur ces deux fronts que l’Algérie apparaît aujourd’hui comme un partenaire crédible.

Cette situation représente également une opportunité géopolitique importante pour Alger. Depuis le début de la crise syrienne, l’Algérie a maintenu une position constante. Contrairement à plusieurs pays arabes qui ont modifié leur politique au gré des événements, Alger a toujours défendu le principe de continuité des États et refusé leur effondrement.

À l’époque, cette position avait parfois suscité des critiques. Aujourd’hui, elle se transforme en avantage diplomatique.

La nouvelle direction syrienne considère désormais l’Algérie comme un interlocuteur stable, prévisible et cohérent. Cette crédibilité constitue un atout précieux dans une région où les alliances évoluent souvent rapidement.وزير الخارجية والمغتربين أسعد حسن الشيباني يلتقي الرئيس الجزائري عبد المجيد  تبون، بحضور رئيس جهاز الاستخبارات العامة حسين السلامة. وجرى خلال اللقاء بحث  سبل تعزيز العلاقات الثنائية بين البلدين الشقيقين وتوسيع مجالات

Au-delà des aspects bilatéraux, ce rapprochement pourrait également modifier certains équilibres régionaux. La Syrie demeure un acteur central du Moyen-Orient. Son redressement intéresse de nombreuses puissances arabes, régionales et internationales.

En s’impliquant dès maintenant dans la reconstruction syrienne, l’Algérie renforce son influence au Levant tout en consolidant son image de puissance de médiation et de stabilité.

Cependant, rien n’est encore acquis. Les commissions mixtes, les accords de coopération et les déclarations d’intention devront désormais se transformer en projets concrets. Les défis restent considérables et les attentes sont immenses.

Une chose est néanmoins certaine : cette visite ne ressemble pas à une simple rencontre diplomatique. Elle révèle une convergence d’intérêts entre une Syrie qui cherche des outils pour reconstruire l’État et une Algérie qui souhaite convertir son expérience et sa crédibilité en influence stratégique.

La véritable question n’est donc plus de savoir si les relations entre Alger et Damas se renforcent.

La question est désormais de savoir jusqu’où ce rapprochement pourra aller, et s’il marquera le début d’une nouvelle architecture politique, sécuritaire et économique dans le monde arabe.