“Pourquoi l’Algérie maintenant ?” : Ahmed al-Charaa envoie son chef de la diplomatie et son patron du renseignement à Alger, une visite explosive qui pourrait rebattre les cartes du Moyen-Orient !
L’image pourrait sembler banale à première vue : un accueil officiel à l’aéroport Houari-Boumédiène, des poignées de main, des déclarations diplomatiques soigneusement calibrées et quelques photos protocolaires destinées aux médias. Pourtant, derrière cette mise en scène classique se cache une visite qui pourrait avoir des conséquences importantes sur l’avenir des relations entre l’Algérie et la Syrie.

L’événement qui attire aujourd’hui l’attention des observateurs n’est pas seulement la venue à Alger du ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad Al-Chaibani. Ce qui intrigue davantage, c’est sa présence aux côtés de Hussein Salama, chef du renseignement général syrien. Une telle composition de délégation est rarement anodine. Lorsque la diplomatie voyage avec le renseignement, les discussions dépassent généralement le cadre des simples déclarations d’amitié entre États.
Cette visite intervient dans un contexte régional profondément transformé. Depuis la chute du régime de Bachar el-Assad en décembre 2024 et l’arrivée au pouvoir d’Ahmed al-Charaa à Damas, la Syrie est entrée dans une nouvelle phase de son histoire. Les équilibres politiques ont changé, les alliances se redessinent et chaque puissance régionale cherche à comprendre quelle place elle pourra occuper dans la Syrie de demain.
Dans ce contexte, la position de l’Algérie suscite un intérêt particulier. Contrairement à plusieurs pays arabes qui avaient rompu leurs liens avec Damas au plus fort de la crise syrienne, Alger avait toujours défendu la préservation de l’État syrien. La doctrine algérienne est restée constante : refus des interventions étrangères, rejet du démantèlement des États et soutien à une solution politique négociée.
La chute d’Assad aurait pu provoquer une rupture entre Alger et les nouvelles autorités syriennes. Pourtant, il n’en a rien été. L’Algérie a choisi une approche pragmatique, fidèle à sa tradition diplomatique. Elle n’a pas lié son avenir à une personnalité politique, mais à l’existence même de l’État syrien.
Cette stratégie s’est matérialisée dès février 2025 lorsque le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, s’est rendu à Damas en qualité d’émissaire spécial du président Abdelmadjid Tebboune. Cette visite avait envoyé un message clair : Alger reconnaissait la nouvelle réalité politique syrienne tout en souhaitant construire une relation fondée sur la stabilité et la préservation des institutions.
Aujourd’hui, le déplacement de la délégation syrienne vers Alger constitue une nouvelle étape. Il ne s’agit plus d’une simple prise de contact. Les deux pays semblent désormais engagés dans une phase plus concrète de dialogue et de coopération.
L’élément le plus significatif demeure toutefois la présence du chef du renseignement syrien. Les États n’intègrent généralement pas leurs responsables sécuritaires dans les délégations officielles sans raison précise. Cela laisse supposer que des questions sensibles figurent au cœur des discussions : lutte contre le terrorisme, échanges d’informations, sécurité régionale, contrôle des frontières, gestion des groupes armés ou encore coopération institutionnelle.

Pour la Syrie, sortie d’une longue période de guerre et de fragmentation, ces sujets sont essentiels. Le pays doit reconstruire ses institutions, restaurer son autorité sur l’ensemble du territoire et neutraliser les menaces sécuritaires qui persistent encore.
De son côté, l’Algérie dispose d’une expérience reconnue dans la lutte contre le terrorisme et la gestion des crises sécuritaires. Cette expertise, forgée au cours de décennies particulièrement difficiles, représente aujourd’hui un atout stratégique que Damas pourrait souhaiter mobiliser.
Mais les discussions ne se limiteraient pas à la sécurité. Le dossier énergétique apparaît également comme un axe majeur de rapprochement. La Syrie a un besoin urgent de réhabiliter son secteur électrique et ses infrastructures énergétiques. Sans électricité stable, aucune reconstruction durable n’est envisageable.
C’est dans cette perspective que des experts de Sonelgaz se sont récemment intéressés à la situation énergétique syrienne. L’Algérie possède des compétences reconnues dans les domaines du gaz, de l’électricité et des infrastructures énergétiques. Cette coopération pourrait constituer l’un des premiers projets concrets de la nouvelle relation entre Alger et Damas.
Au-delà des aspects économiques et sécuritaires, cette visite possède également une dimension géopolitique importante. La Syrie reste un acteur central du Moyen-Orient. Son emplacement stratégique, à proximité de la Turquie, du Liban, de l’Irak, de la Jordanie et de la Palestine, en fait un point de passage incontournable dans les équilibres régionaux.

L’Algérie semble avoir compris qu’une absence prolongée de la scène syrienne pourrait réduire son influence dans une région en pleine recomposition. En s’impliquant dès maintenant, Alger cherche à préserver ses intérêts, à renforcer sa présence diplomatique et à participer aux discussions qui façonneront l’avenir du Levant.
Cependant, les autorités algériennes avancent avec prudence. Rien n’indique qu’elles accordent un soutien inconditionnel au nouveau pouvoir syrien. Leur approche semble guidée par une interrogation centrale : la future Syrie sera-t-elle capable de préserver son unité territoriale, de consolider ses institutions et d’éviter la fragmentation ?
C’est probablement autour de cette question que se joue aujourd’hui l’essentiel du dialogue entre Alger et Damas.
Une chose est certaine : la visite conjointe du ministre syrien des Affaires étrangères et du chef du renseignement général n’a rien d’anodin. Elle marque le début d’une nouvelle phase dans les relations entre les deux pays et pourrait annoncer des développements majeurs dans les mois à venir.
L’Algérie est-elle en train de devenir l’un des partenaires les plus influents de la Syrie post-Assad ? Ou assiste-t-on simplement à une étape préparatoire avant des accords plus ambitieux ?
Le temps apportera les réponses. Mais une réalité s’impose déjà : derrière les images officielles et les discours diplomatiques, cette visite pourrait bien constituer l’un des mouvements géopolitiques les plus significatifs de l’année dans le monde arabe.