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Les tombes de Yves Mourousi: dix-huit ans après leur mort, leurs tombes actuelles sont toujours hantées

Les tombes de Yves Mourousi: dix-huit ans après leur mort, leurs tombes actuelles sont toujours hantées

Le cimetière du Montparnasse, niché en plein cœur du 14e arrondissement de Paris, est mondialement réputé pour être la dernière demeure d’un nombre incalculable de génies de la littérature, du cinéma, de la philosophie et des arts. Des milliers de visiteurs s’y pressent chaque année pour se recueillir sur les sépultures de Jean-Paul Sartre, de Simone de Beauvoir, de Charles Baudelaire ou encore de Serge Gainsbourg, cette dernière étant perpétuellement fleurie et couverte de tickets de métro en guise d’hommage. Pourtant, en arpentant les divisions plus reculées de cette immense nécropole parisienne, le visiteur attentif peut être saisi par un contraste saisissant et douloureux. Certaines tombes appartenant à des figures qui ont pourtant fait vibrer la France entière, qui ont réuni chaque jour des millions de citoyens devant leurs écrans et qui ont profondément transformé la culture populaire, semblent aujourd’hui glisser inexorablement vers l’oubli et le délaissement. C’est le destin tragique, presque insoutenable pour les nostalgiques de la grande époque de la télévision, de la sépulture d’Yves Mourousi.

Pour comprendre l’émotion et la stupeur que provoque l’état actuel de sa dernière demeure, il est indispensable de replonger dans ce que fut le phénomène Yves Mourousi. Né en 1942 et emporté brutalement le 7 avril 1998 à l’âge de 55 ans des suites d’un arrêt cardiaque, cet homme n’était pas simplement un lecteur de prompteur ou un journaliste ordinaire. Il a été le roi incontesté, l’empereur absolu du journal télévisé de 13 heures sur TF1 pendant treize années consécutives, de 1975 à 1988. À une époque où la télévision ne comptait que trois chaînes et où le rendez-vous de la mi-journée revêtait une importance quasi sacrée dans les foyers français, Mourousi a tout simplement fait voler en éclats les codes rigides, guindés et profondément institutionnels de l’ORTF qui survivaient encore.

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Aux côtés de sa fidèle et complice consœur Marie-Laure Augry, Yves Mourousi a imposé un ton, un rythme et une audace qui restent inégalés dans l’histoire des médias. Qui n’a pas en mémoire son célèbre et tonitruant « Bonjour ! », lancé d’une voix grave, assurée et teintée d’une pointe d’ironie à l’ouverture de chaque édition ? Ce salut n’était pas une simple formule de politesse, c’était une signature, un coup de cymbales qui réveillait la France profonde. Mourousi, c’était le journaliste capable d’interviewer le président de la République Valéry Giscard d’Estaing ou François Mitterrand en s’asseyant sur le coin de leur bureau, de porter un blouson de cuir noir en direct, ou de réaliser un journal télévisé en direct depuis la place Rouge à Moscou, depuis un sous-marin en plongée ou en plein vol à bord du Concorde. Il avait transformé l’information en un spectacle vivant, intelligent et accessible, sans jamais sacrifier la rigueur journalistique. Il était le symbole d’une France audacieuse, moderne, un brin insolente et profondément vivante.

Aujourd’hui, loin du strass, des projecteurs aveuglants des plateaux de la rue Cognacq-Jay et des rumeurs de la vie nocturne parisienne dont il était l’une des figures de proue, Yves Mourousi repose dans la division 18 du cimetière du Montparnasse. Il n’est pas seul dans cette éternité ; il y a été rejoint par celle qui fut le grand amour de sa vie, son épouse Véronique Mourousi, née d’Alançon. Journaliste elle aussi, elle avait partagé avec lui des années de passion et de tumultes médiatiques, avant d’être emportée prématurément par un cancer foudroyant en 1992, à l’âge tragique de 46 ans. Leur mariage, célébré en grande pompe en 1985 à l’église Saint-Nizier de Lyon sous l’œil des caméras du pays entier et devant une foule immense, avait été qualifié d’événement de l’année. Voir ce couple si glorieux, si envié et si fusionnel réuni sous une simple dalle parisienne devrait être un lieu de pèlerinage intensif.

Pourtant, la réalité matérielle de cette sépulture est un choc pour quiconque s’y aventure avec des souvenirs plein la tête. La tombe se présente sous la forme d’une structure en granit sombre, choisie à l’époque pour sa sobriété élégante. Mais le temps a fait son œuvre, et l’absence d’un entretien institutionnel ou familial régulier est désormais cruellement visible. Les outrages du climat parisien, les hivers pluvieux et les étés caniculaires ont progressivement altéré la pierre. Plus grave encore pour la mémoire des défunts, les gravures dorées indiquant leurs noms, leurs dates de naissance et de mort, s’effacent peu à peu. Pour un œil non averti, la tombe se fond désormais dans la masse des sépultures anonymes et négligées du cimetière, perdant de sa superbe et de sa dignité. Les lettres qui forment le nom d’un homme qui a fait trembler les politiques et vibrer les foules s’écaillent dans l’indifférence générale des autorités de l’audiovisuel.

Le dernier 13 heures d'Yves Mourousi sur TF1

Ce constat d’abandon relatif soulève une vague d’indignation et de profonde tristesse chez les rares admirateurs de la première heure qui parviennent encore à localiser l’emplacement exact dans la division 18. Quelques hommages y sont déposés de manière très sporadique : un bouquet de fleurs fanées par le vent, un petit mot glissé sous une pierre pour témoigner d’une nostalgie persistante, ou un objet symbolique laissé par un passant anonyme. Ces maigres attentions contrastent violemment avec la magnificence des hommages nationaux et le souvenir impérissable que la nation prétend garder de ses grands hommes. Où sont passées les grandes chaînes de télévision qu’il a portées au sommet des audiences ? Où sont passés les syndicats de journalistes et les institutions culturelles pour veiller à ce que la mémoire physique de ce pionnier soit préservée de la déchéance matérielle ?

Au-delà de la simple dégradation d’un monument funéraire, la situation de la tombe d’Yves Mourousi au cimetière du Montparnasse pose une question fondamentale sur notre rapport à la mémoire collective et au patrimoine culturel contemporain. La télévision est par définition l’art de l’éphémère, du flux continu où une actualité chasse l’autre, où un visage chasse le précédent dans une course effrénée à la nouveauté. Mais les hommes et les femmes qui ont construit les fondations de ce média ne méritent pas d’être jetés aux oubliettes de l’histoire une fois le rideau tombé. Voir la sépulture de l’animateur du 13 Heures se détériorer ainsi est le symbole d’une époque amnésique, incapable de prendre soin de ceux qui ont écrit ses plus belles pages. Pour les passionnés d’histoire des médias, il est grand temps que les consciences s’éveillent afin de rendre à Yves et Véronique Mourousi la dignité et l’éclat que leur couple légendaire mérite pour l’éternité.