Affaire Latifa Dib : d’Ibtissem Hamlaoui au Polisario, la chute d’une ex-avocate pro-Tebboune

L’ambition brisée d’une courtisane du régime
C’est l’histoire d’une ascension fulgurante qui s’est fracassée contre les réalités impitoyables du pouvoir algérien. Latifa Dib, jeune et ambitieuse avocate, incarnait cette nouvelle génération de figures publiques prêtes à tous les excès de zèle pour complaire au régime d’Abdelmadjid Tebboune. Séduisante, moderne, et maniant l’art de la communication sur les réseaux sociaux, elle calquait méticuleusement sa trajectoire sur celle d’une autre figure influente de la galaxie propagandiste du pouvoir : Ibtissem Hamlaoui. Mais contrairement à son modèle et rivale, la quête de gloire de Latifa Dib l’a menée tout droit vers une cellule de prison, victime d’un manque crucial d’expérience et d’une machination politique implacable.
Le 2 juin 2026, le tribunal correctionnel de Sidi M’hamed a brisé net le destin de l’ancienne avocate, récemment radiée du barreau. Placée en détention provisoire sous mandat de dépôt, elle est poursuivie pour « exposition au regard du public de publications de nature à porter atteinte à l’intérêt national ». Elle sera jugée dans le cadre d’une procédure de comparution immédiate. Le paradoxe est total : quelques jours à peine avant son incarcération, Latifa Dib défendait publiquement la légitimité d’emprisonner les citoyens algériens pour de simples mentions « J’aime » ou des partages de publications d’opposants politiques. Aujourd’hui, elle partage le quotidien de ceux dont elle justifiait le châtiment.
Le buzz de l’affaire Ben Chatta comme tremplin
Pour comprendre comment cette fervente partisane du système s’est retrouvée derrière les barreaux, il faut remonter aux événements de novembre 2025. C’est à cette période que Latifa Dib construit sa notoriété sur le dos d’Ibtissem Hamlaoui. Elle choisit de défendre Yassine Ben Chatta et Hajar Zouani, deux citoyens ayant livré des témoignages poignants et accablants sur des pratiques de torture, de trafic d’influence et de manipulations malsaines au sein de la brigade de recherche de la gendarmerie de Belouizdad et du tribunal judiciaire.
Aux yeux de l’opinion publique algérienne, Latifa Dib apparaît alors comme une femme d’un courage exceptionnel, osant affronter les puissants protecteurs d’Ibtissem Hamlaoui installés au sommet de la pyramide de l’État. Très active sur les réseaux sociaux, multipliant les sorties acerbes, elle gagne rapidement la sympathie d’une large audience.
Cependant, cette audace apparente ne cachait aucune velléité d’opposition ou de révolution politique. Latifa Dib cherchait uniquement à exploiter le buzz médiatique pour créer une brèche dans le système et contraindre le clan Tebboune à la récupérer. En Algérie, sous le régime actuel, les règles pour gravir les échelons sont bien connues des opportunistes : il faut multiplier les déclarations d’amour au pouvoir, criminaliser les opposants et ériger la marocophobie en doctrine de foi. C’est précisément cette dernière carte que l’avocate a tenté de jouer, sans en mesurer les dangers.
Le pèlerinage forcé à Tindouf et le piège du Polisario
Désireuse d’obtenir une nomination officielle au sein des instances de l’État, comme la présidence de l’Observatoire national de la société civile, Latifa Dib décide de draguer ouvertement les dirigeants du Front Polisario. Elle utilise pour cela une association écran qu’elle préside, l’Association des compétences et des élites féminines algériennes, une structure conçue sur mesure pour chanter les louanges du régime. Grâce à ses réseaux, elle parvient à décrocher une invitation officielle auprès de l’ambassadeur de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) à Alger pour assister, fin avril, à un forum sur les droits et la lutte des femmes sahraouies dans les camps de réfugiés de Tindouf.
Sur place, elle déploie les grands moyens : discours enflammés, postures de fervente activiste de la cause sahraouie et séances photo calculées avec le chef du Polisario, Brahim Ghali. Sur ses réseaux sociaux, elle inonde son audience de diffusions en direct et insinue que les plus hauts dirigeants sollicitent ses conseils juridiques et politiques.
Ce triomphe médiatique provoque une immense crise de jalousie chez sa rivale, Ibtissem Hamlaoui. Cette dernière, alors mise à l’écart par le régime pour faire oublier les récents scandales entourant sa personne, voit en Latifa Dib une menace directe pour son propre avenir politique. Disposant de solides relais au sein du Croissant-Rouge sahraoui et de l’appareil du Polisario, Ibtissem Hamlaoui orchestre alors une riposte impitoyable pour neutraliser définitivement la nouvelle venue.
Le bannissement de l’hôtel de Tindouf : un incident diplomatique majeur

Une militante influente proche du Polisario et résidant en Espagne est chargée d’exécuter la sentence. Après un premier avertissement infructueux demandant à Latifa Dib de cesser ses mises en scène égocentriques, le piège se referme. Au lieu d’une expulsion violente qui aurait fait d’elle une martyre, les agents du Polisario choisissent la ruse. Ils font croire à l’avocate qu’un grand forum l’attend en exclusivité au centre-ville de Tindouf, hors des camps de réfugiés.
Flattée, Latifa Dib suit ses guides les yeux fermés. Installée dans une chambre d’un hôtel privé de Tindouf, elle attend le signal pour son intervention. Les heures passent, le téléphone reste muet. En descendant à la réception, le verdict tombe : le propriétaire de l’établissement l’informe qu’aucun événement n’est programmé et exige le paiement immédiat de la chambre, dont personne n’a pris en charge les frais. Éloignée des camps, sans ressources et abandonnée par ses accompagnateurs, l’avocate réalise qu’elle a été piégée.
Submergée par la panique et la colère, manquant cruellement de la ruse politique nécessaire à ce niveau de jeu, Latifa Dib commet l’irréparable. Elle lance une série de vidéos en direct sur Facebook. Sous le coup de l’émotion, elle accuse les agents du Polisario de l’avoir séquestrée, maltraitée et expulsée de force. Ses déclarations enflamment immédiatement la toile. La presse marocaine s’empare massivement de l’aubaine, relayant en boucle le témoignage de l’avocate algérienne pour dénoncer les agissements du Front Polisario.
En Algérie, la question du Sahara occidental est une ligne rouge absolue, particulièrement sous la présidence de Tebboune, où ce dossier revêt un caractère quasi sacré, interdisant toute fausse note. En exposant ses griefs personnels, Latifa Dib a provoqué un incident diplomatique majeur, offrant des arguments précieux à la propagande adverse.
La justice d’Alger frappe sans trembler
Réalisant tardivement la gravité de sa bévue, Latifa Dib tente de rétropédaler. Dans de nouveaux enregistrements vidéo, elle essaie laborieusement de corriger le tir, affirmant qu’elle a été bien accueillie, qu’il s’agissait d’un simple malentendu et pointant du doigt des manipulations orchestrées depuis Alger par sa rivale. Mais le mal est fait. Les services de sécurité algériens, alertés par la revue de presse internationale et encouragés par le clan de Hamlaoui qui présente Dib comme une menace pour l’image de l’État, décident de sévir.
Le Service central de lutte contre le crime organisé de Saoula, l’outil de répression privilégié du pouvoir, est immédiatement actionné. Interpellée et présentée devant la justice, Latifa Dib voit ses ambitions de pouvoir et de gloire s’effondrer instantanément. Sa chute brutale rappelle la fragilité des carrières bâties sur l’opportunisme et le zèle dans un système politique où les protecteurs d’un jour deviennent invariablement les bourreaux du lendemain.