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ALGERIE : Le complot secret pour verrouiller l’État et les liaisons dangereuses de l’ex-patron de la DGSN avec l’étranger

ALGERIE : Le complot secret pour verrouiller l’État et les liaisons dangereuses de l’ex-patron de la DGSN avec l’étranger

L’effervescence est palpable dans les couloirs de la justice militaire algérienne, et pour cause : l’ouverture du procès de l’ancien directeur général de la Sûreté nationale (DGSN), Farid Zineddine Benchikh, marque un tournant historique et potentiellement dévastateur pour les équilibres du pouvoir à Alger. Derrière les portes closes du tribunal, ce n’est pas seulement le sort d’un homme qui se joue, mais bien la mise à nu d’une tentative inédite de démantèlement et de contrôle absolu de l’appareil sécuritaire de l’État algérien. Alors que des officines médiatiques et des cyberactivistes à l’étranger tentent de détourner l’attention de l’opinion publique en focalisant l’audience sur des personnages secondaires, les véritables pièces du dossier d’instruction pointent vers des accusations d’une gravité exceptionnelle : intelligence avec des puissances étrangères, connexions avec des services secrets occidentaux et israéliens, et complot de clan visant à soumettre la sécurité nationale à des intérêts purement politiques.

La guerre des clans et la manipulation médiatique de l’affaire

Depuis son incarcération à la fin du mois de septembre 2024, Farid Zineddine Benchikh est devenu le centre de gravité d’une lutte acharnée entre la présidence de la République, sous l’égide d’Abdelmadjid Tebboune, et l’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), dirigé par le général d’armée Saïd Chengriha. Proche parmi les proches du chef de l’État, Benchikh avait déjà été convoqué et auditionné au printemps 2024 par la Direction centrale de la sécurité de l’armée (DCSA). À cette époque, l’intervention directe d’El Mouradia avait permis d’éviter sa garde à vue et son placement sous mandat de dépôt, la présidence refusant catégoriquement de voir son homme de confiance neutralisé par l’institution militaire.

Il aura fallu la persévérance et les investigations poussées des enquêteurs de la DCSA pour contourner les protections politiques de Benchikh. Face à la solidité des preuves matérielles réunies, son arrestation est devenue inéluctable. Pourtant, à la veille de son procès, une vaste opération de désinformation a été lancée sur les réseaux sociaux. Menée par des figures de la dissidence numérique à l’étranger, à l’instar de l’activiste controversé Hicheam Aboud — connu pour ses liens fluctuants et ses manipulations réciproques avec les services marocains —, cette campagne vise à réduire les enjeux de ce procès historique à une simple affaire interne concernant les frères Bennacer.

Ces derniers, incarcérés depuis l’été 2024, servent de parfaits boucs émissaires pour le clan Benchikh. L’objectif de cette manœuvre est double : saturer l’espace médiatique avec l’affaire Bennacer pour masquer la gravité des accusations pesant sur l’ancien chef de la police, et pousser Saïd Chengriha à accepter un compromis ou une libération de Benchikh en focalisant sa colère sur une autre cible. En effet, l’affaire étant classée sous le sceau de la sécurité militaire et de l’espionnage, aucune libération ou aménagement de peine ne peut intervenir sans la signature explicite et l’accord de Chengriha. Les partisans de l’ancien directeur de la DGSN ont ainsi exhumé d’anciennes vidéos de dénigrement et d’insultes tournées par le frère des Bennacer, cherchant à instrumentaliser l’émotion et la rancœur de l’état-major pour noyer le dossier principal.

Le projet de démantèlement des services secrets algériens

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Pour comprendre l’ampleur du scandale Benchikh, il convient de remonter aux années 2022 et 2023, période durant laquelle l’ancien patron de la DGSN a mené une véritable guerre de l’ombre contre la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et la Direction générale de la sécurité et de la documentation (DDSE). Le plan de Farid Zineddine Benchikh, patiemment soumis à l’oreille du président Tebboune, reposait sur une restructuration radicale du paysage sécuritaire algérien.

L’objectif ultime de Benchikh était de convaincre la présidence de dissocier totalement le renseignement intérieur des services secrets militaires classiques pour l’intégrer directement sous le giron de la police nationale (DGSN). Cette réforme aurait élevé la DGSN au rang de super-infrastructure de sécurité nationale, dotée de prérogatives exorbitantes et d’une puissance d’investigation politique sans précédent. En ne laissant aux militaires que la branche du renseignement extérieur, Benchikh se positionnait pour devenir le « Monsieur Sécurité » incontesté de l’Algérie, cumulant la direction opérationnelle de la police et le contrôle absolu du renseignement politique intérieur, à l’image du modèle sécuritaire en vigueur au Maroc.

Pour parvenir à ses fins et briser la résistance des hauts gradés militaires qui s’opposaient à ce projet, Benchikh s’était entouré de relais d’opinion et de théoriciens d’obédience islamo-conservatrice, comme le polémiste Nordine Khettal. Malgré ses positions idéologiques affichées, Khettal s’était allié de manière opérationnelle au clan Benchikh. Pour les cercles islamo-conservateurs issus de la crise politique de 2019, la destruction ou l’affaiblissement politique des services secrets militaires constituait le seul moyen d’espérer, à terme, conquérir des pans de l’appareil d’État. Des informations confidentielles et des dossiers de calomnie ciblant les généraux de la DGSI et de la DDSE étaient ainsi régulièrement transmis à des cyberactivistes basés à l’étranger pour discréditer le commandement militaire et provoquer sa chute.

Les frères Bennacer : des instruments dans la guerre des clans

Dans ce contexte de rivalités féroces, la mise en cause des frères Bennacer apparaît comme une construction opportuniste visant à protéger le sommet de la pyramide. Issus d’une famille illustre de la justice militaire — leur père, le général Larbi Bennacer, ayant dirigé la magistrature militaire de 1999 à 2003 —, Nassar Bennacer (cadre de la DGSN) et Boualem Bennacer (colonel au sein de la DDSE) croupissent en prison depuis deux ans sans qu’aucune preuve matérielle ou scientifique de leur collusion avec Benchikh n’ait pu être formellement démontrée.

Certes, Boualem Bennacer entretenait des relations extrêmement conflictuelles au sein de la DDSE entre 2021 et 2022. Cette période de mutation forcée, marquée par l’intégration d’officiers du renseignement militaire traditionnel au sein du renseignement extérieur, s’était soldée par des luttes intestines et des incompréhensions méthodologiques majeures. Bennacer s’opposait farouchement à une gestion qu’il jugeait trop rigide ou déconnectée des réalités internationales. Cependant, les investigations démontrent que ces conflits étaient purement internes et n’avaient aucun lien avec les ambitions de Benchikh. Les partisans de ce dernier ont néanmoins profité des origines géographiques communes des deux familles et de rencontres fortuites à Alger pour tisser la fable d’une alliance, espérant ainsi faire porter aux Bennacer la responsabilité des fuites d’informations vers l’étranger.

L’ombre des services secrets français et des réseaux israéliens

Le cœur du dossier d’accusation de Farid Zineddine Benchikh réside dans ses relations opaques et non autorisées avec des entités étatiques étrangères. Les investigations menées par la sécurité militaire ont permis de retracer avec précision le parcours de Benchikh et ses interactions constantes avec le renseignement extérieur et intérieur français, ainsi qu’avec des cercles universitaires de défense aux ramifications troublantes.

Entre 2016 et 2020, alors qu’il gravissait les échelons de la police algérienne, Benchikh entretenait des contacts réguliers et directs avec l’attaché de sécurité intérieure de l’ambassade de France à Alger. Ce poste diplomatique stratégique, qui relève directement du ministère français de l’Intérieur et non des Affaires étrangères, coordonne l’action des services de renseignement français sur le sol algérien dans des dossiers sensibles comme la lutte antiterroriste ou l’immigration. Les deux hommes se connaissaient intimement : ils avaient partagé les bancs de formations sécuritaires et académiques extrêmement restreintes en France entre 2008 et 2013, un cursus théoriquement réservé aux seuls cadres et analystes des services occidentaux.

Cet attaché de sécurité français a finalement été discrètement expulsé par les autorités algériennes en novembre 2020, après avoir été impliqué dans une affaire d’espionnage liée au réseau d’un criminel franco-algérien, Ali Zenjabil. Malgré ce signal d’alarme, Benchikh a maintenu des canaux d’échange réguliers, bénéficiant d’invitations officielles et de rencontres non documentées auprès de l’ambassade de France et d’anciens diplomates de haut rang.

Plus grave encore, les révélations issues des dossiers d’instruction mettent en lumière l’intégration de Benchikh, dès 2009, au sein d’un groupe de recherche parisien sur les menaces criminelles contemporaines lié à l’École de guerre française. Sous couvert de travaux académiques et de criminologie, ce centre rassemblait de hauts responsables des services de renseignement occidentaux, mais également des formateurs discrets des services de sécurité israéliens. Parmi eux figurent des personnalités de premier plan comme Ariel Merari, ancien membre du Conseil de sécurité nationale en Israël, ou encore des collaborateurs directs de Dan Meridor, vice-premier ministre et ministre du Renseignement du gouvernement de Benjamin Netanyahou entre 2009 et 2013.

De 2014 à 2017, alors qu’il occupait le poste hautement stratégique d’inspecteur régional de la police pour le Sud-Est algérien à Ouargla — une zone abritant les infrastructures pétrolières et les bases militaires les plus sensibles du pays —, Benchikh continuait d’agir comme formateur et conférencier au sein de ces structures françaises liées à la Défense. La réglementation algérienne impose à tout officier de sécurité une autorisation expresse et préalable de la présidence, du ministère de l’Intérieur et du ministère de la Défense pour toute collaboration ou déplacement à l’étranger. Or, le dossier d’accusation confirme qu’aucun document officiel n’a jamais été délivré à Benchikh pour ces activités. Sa seule protection résidait alors dans l’aval systématique mais informel de l’ancien patron de la DGSN, le général Abdelghani Hamel, qui l’a protégé et propulsé tout au long de sa carrière.

Un procès de tous les dangers pour El Mouradia

Pour l’État algérien, dont la doctrine géopolitique repose historiquement sur un anticolonialisme et un antisionisme intransigeants, la découverte qu’un de ses plus hauts responsables sécuritaires ait pu évoluer sans contrôle dans des cercles de formation dirigés par des théoriciens du renseignement israélien et français constitue un traumatisme institutionnel.

L’insistance de la présidence de la République à vouloir obtenir, par tous les moyens, la libération ou l’étouffement judiciaire de l’affaire Benchikh s’explique par la nature même des fonctions qu’il a occupées. En tant que principal architecte sécuritaire du régime Tebboune avant sa chute, Benchikh a été l’exécuteur de nombreuses opérations de surveillance, de neutralisation des opposants et de gestion politique des réseaux d’influence. Il détient des informations capitales sur le fonctionnement interne du clan présidentiel, sur ses arbitrages financiers et sur les secrets de fabrication des équilibres politiques post-Hirak.

Le risque de voir Farid Zineddine Benchikh s’effondrer lors des audiences et se lancer dans des aveux complets pour négocier sa peine terrorise les cercles du pouvoir à El Mouradia. Si l’ancien patron de la police nationale venait à révéler l’intégralité des dessous de ses connexions à l’étranger et les complicités dont il a bénéficié au plus haut sommet de l’État, c’est l’ensemble de l’édifice présidentiel qui pourrait être emporté par le scandale. Le procès qui s’ouvre n’est donc pas une simple affaire pénale : c’est le révélateur d’une fracture majeure au sein de l’État algérien, où la vérité judiciaire menace de bousculer définitivement l’avenir politique du pays.